Les années
prodigieuses des Templiers
Tekst en Foto's : Jan Hosten, 2003

Foto : Een poging tot reconstructie van de Al Aqsa moskee,
zoals de kruisvaarders ze in 1099 aantroffen. Copyright Jan Hosten, 2003
Les débuts de
l’Ordre du Temple restent un mystère depuis presque 900 ans. À la suite du
chroniqueur Guillaume de Tyr, plusieurs auteurs ont dit que neuf chevaliers
sont restés seuls pendant neuf ans. Des auteurs comme Graham Hancock, Michael
Baigent et Richard Leigh ont même inventés des complots fantastiques afin
d’expliquer les informations de Guillaume de Tyr. Tout comme Guillaume de Tyr,
les trois auteurs de notre époque sont de mauvais commentateurs[i].
Le 15 juillet
1098, Jérusalem tombait aux mains de l’armée des Francs. Vingt-et-un ans plus
tard, le 25 décembre 1119, le patriarche Garimond couronnait le nouveau roi de
Jérusalem, Baudouin II. Le jour même, peu après la cérémonie, Hugues de Payens
et Geoffroy de Saint-Omer faisaient vœu d’obéissance entre ses mains. Ils
promettaient de garder les routes du royaume et de protéger les pèlerins. Les
deux fondateurs créaient le premier ordre militaire et monastique selon les
principes de
La plus belle
preuve de la présence Templière sur le lieu de l’actuelle mosquée Al’Aqsa, est
la découverte d’une lettre du maître Gérard de Ridefort, pendant les
restaurations de 1924-1943. La lettre se trouve actuellement au musée Arabe à
l’ouest de la mosquée Al’Aqsa qui se situe au sud du plateau, tandis que le
Dôme du Rocher se situe au milieu du même plateau.

Photo : Lettre de
Gérard de Ridefort, retrouvée à la mosquée Al’ Aqsa pendant les restaurations
de 1924-1943. Reproduction par Jan Hosten
Il faut noter que Guillaume de Tyr a écrit sa chronique plus de 50 ans après la fondation officielle de l’Ordre et qu’il n’était pas vraiment favorable à cette nouvelle communauté. En plus, il cite André de Montbard comme l’un des fondateurs. Ce dernier n’entrait au Temple que vers 1129, soit dix ans après la fondation officielle[ii]. On peut facilement prouver que les Templiers étaient beaucoup plus que neuf entre 1119 et 1128, c’est-à-dire entre la création de l’Ordre et le Concile de Troyes. En 1120, Foulque d’Angers figurait déjà dans l’Ordre en tant que milites ad terminum (servant à terme). D’abord, il y avait l’illustre comte Hugues de Champagne qui entra dans l’Ordre en 1125. Le 20 octobre de la même année, Bernard, l’évêque de Nazareth citait dans une lettre un Templier nommé Robert[iii]. L’acte de donation de Baudouin Brochet cite de nouveau Robert et un autre Templier nommé Henri. Le 4 mars 1126, les noms des Templiers Jean, Thibaud et Pierre apparaissent dans un acte de donation d’un terrain du Patriarche. Les Templiers étaient donc au moins quinze en 1126, soit deux ans avant le concile de Troyes. Il faut y ajouter les chevaliers qui servaient à terme et leurs écuyers, soit un recensement d’hommes dans l’Ordre du Temple beaucoup plus important que celui qui est indiqué en général. Il semble que la chronique de Guillaume de Tyr relative à l’étude des débuts des Templiers ne soit pas vraiment crédible. L’évêque de Tyr parlait aussi de 40 Templiers qui avait pénétrés et péris dans la ville d’Ascalon lors du siège de 1153. D’autres sources comme Barhebraeus parlent de 120 hommes et d’autres même de 400 chrétiens tués. Guillaume de Tyr ne comptait très probablement que les chevaliers. Quand il parlait des neuf chevaliers, il oubliait certainement les sergents, les écuyers et les servants. top
Les Templiers
avant 1119
On sait maintenant
que les Templiers n’étaient pas une quantité dérisoire en 1118. On peut donc se
demander si les dates 1118 et 1119 ont marqué vraiment le début de l’Ordre du
Temple. Dans une lettre, Ivo de Chartres sommait le comte Hugues de Champagne
de ne pas joindre la militia Christi, un militia evangelica, car il était
encore marié[iv]. Cette missive datait très probablement de 1114 puisque Ivo de
Chartres mourut le 23 décembre 1115 ou 1116. Peut-être que les chevaliers de
cette milice étaient les futurs Templiers ?
Les premiers
Templiers gardaient, dès leur début, le chemin entre Caïphe et Césarée, une
route très périlleuse. Pour faciliter leur tâche, ils construisirent plus tard
leur fameux Château-Pèlerin ou Athlit. Dans son livre « Les Templiers
chevaliers du Christ », Régine Pernoud raconte que Hugues de Payens et Geoffroy
de Saint-Omer avaient fait construire dans le même esprit, déjà en 1110, la
tour de Destroit, une sorte de relais de sécurité pour les pèlerins. Comme
beaucoup d’auteurs, elle ne nous donne pas la source de cette assertion[v]. Le
Destroit (Khirbat Dustrey ou Dastri) est un petit fort templier qui date du
XIIe siècle. Le fort se trouvait à côté du Château Pèlerin et gardait le
passage de Bab el‘Ajal et le Wadi Dustrey qui menaient vers le château. Le
Destroit a été détruit par les Templiers en 1220 lors du siège mené par El
Mu’azzam. La tour du Destroit avait une hauteur de 20 mètres et servait
probablement comme mirador et comme base d’opérations pour la protection des
routes.[vi] Il est très possible que le Destroit date de 1110 et que le petit
fort soit la première construction militaire des Templiers ou de cette milice «
pré-Templière », car les croisés parlaient d’abord du Districtum. top

Photo : Image de
Khirbat Dustey ou Le Destroit par J. Dikijian. Reproduction par Jan Hosten
Le bastion du
Temple à Jérusalem
Il me semble donc
que les Templiers avaient des précurseurs qui gardaient en groupe les routes
des pèlerins et que la cérémonie du 25 décembre 1119, n’était rien d’autre
qu’une approbation officielle par les chefs d’état. Puisque les Templiers
étaient déjà actifs bien avant leur fondation officielle, cela peut expliquer
par conséquent que l’Ordre du Temple était une organisation très importante
avec un nombre d’hommes supérieur à neuf ! Le fait que le roi Baudouin concède
aux Templiers la partie sud du mont du Temple est bien la preuve qu’ils
existaient peut-être déjà en 1118 avec une force militaire considérable. La
plate-forme du Temple se présentait comme une véritable forteresse et un point
fort de la ville. La garde de cette forteresse avait évidemment une très grande
importance stratégique. Les murs du Mont du Temple au sud-est, où se trouvaient
les écuries, avaient une épaisseur de 5 mètres et une hauteur de 48 mètres. Certaines
pierres monolithes pesaient 150 tonnes. Les bâtiments des Templiers
comprenaient : l’actuelle mosquée Al’ Aqsa ; les fameuses écuries de
Salomon[vii] ; les deux portes dans le mur du sud,

Photo : Les
fameuses écuries de Salomon (connues sous le nom Mosquée Marwani par les
Musulmans), n'étaient pas vraiment des bâtiments destinés à loger des chevaux
mais un ensemble de piliers (une galerie) qui devait soutenir le plateau du
Mont du Temple.
Les Templiers
vivaient dans la mosquée Al’Aqsa. Ils restaurèrent
Protection de
pèlerins
On peut
questionner aussi la raison d’être des Templiers ou la vraie raison de leur
fondation. Le chroniqueur, Michel le Syrien[viii], parle de Hugues de Payns et
environ trente compagnons, qui avaient tous servi sous les ordres du roi de
Jérusalem. Après trois années de service, ils voulaient finir leurs jours comme
moines à Jérusalem. Baudouin II, qui était très conscient des problèmes dans
son royaume, avait encouragé Hugues et ces trente compagnons de former un ordre
militaire ou de servir dans la milice pour la garde des routes et la protection
des pèlerins. Cela pouvait expliquer la prise de conscience des premiers
Templiers, qui voulaient prier plutôt que tuer. Ils devaient attendre jusqu’en
1130 afin que Bernard Clairvaux leur écrive son fameux « De laude novae
militiae », un louange qui devait les réconcilier avec eux-mêmes. En tout cas,
le témoignage de Michel le Syrien précise que trente chevaliers entraient dans
la nouvelle milice, au plus tard en 1119.
Un autre auteur d’époque, Walter Map décrit un chevalier nommé Paganus venant de Bourgogne, qui protégeait fréquemment des pèlerins à un oasis près de Jérusalem. Quand il ne pouvait plus confronter les nombreux ennemis, il commençait à engager d’autres chevaliers. top
Conclusion
Les débuts de
l’Ordre du Temple restent un mystère, mais nous pouvons bien réfuter l’histoire
des neuf chevaliers qui gardaient les routes pendant neuf ans. Ils étaient plus
nombreux, peut-être quinze, trente ou encore plus et ils étaient très
probablement actif bien avant 1119.
Beaucoup d’auteurs ont tenté d’expliquer la présence des neuf Templiers solitaires pendant neuf ans dans les énormes bâtiments situés à Jérusalem. Avec le goût de la facilité, ils se sont servis de légendes comme celle de l’arche d’alliance qui pouvait se trouver sous le Mont du Temple, et ils ont pervertis les chevaliers en entrepreneurs-archéologues à la recherche d’un trésor. Malheureusement, ces écrivains ne font pas l’effort de parcourir les archives. Le Couvent du Temple ou l’armée des Templiers se présentait très probablement déjà en 1118 comme une force militaire importante. Assez considérable pour que le roi de Jérusalem puisse leur confier un bastion stratégique dans la ville de Jérusalem, qui était normalement situé pour accueillir les pèlerins et comme base de départ pour aller protéger les routes. La situation du royaume de Jérusalem était trop précaire pour consacrer des gens et de l’argent à une chasse folle au trésor. top
Jan Hosten
Copyright textes
et reproductions en 3D : Jan Hosten, 2003
Notes
[i] Graham
Hancock prétend que les neuf fondateurs de l’ordre du Temple sont tous
d’origine de Champagne, (France) mais il ignore que par exemple Geoffroy de
Saint-Omer était un Flamand (Nord-Pas de Calais). Il cite aussi André de
Montbard comme un des neuf membres en 1118, mais le futur maître de l’Ordre
n’entra dans le Temple qu’en 1129. Ensuite il raconte que Baudoin Ier accordait
aux Templiers un ensemble de bâtiments sur le Mont du Temple ? Hélas Baudoin
Ier était déjà mort à ce moment-là. De plus, il décrit fautivement les
Hospitaliers comme ordre militaire en 1125 alors qu’ils ne l’étaient pas
encore. Il attribut la prospérité des Templiers entièrement aux efforts de St.
Bernard et ne parle pas des bulles papales Omne Datum Optimum (1139) et Militia
Dei (1145) qui ont vraiment lancés l’Ordre du Temple et l’enthousiasme des gens
au XIIe siècle. Je regrette que le livre « The Sign and the Seal » de Hancock
et les autres livres de ces compagnons soient si souvent cités comme source
pour d’autres livres populaires sur les Templiers.
[ii] Cartulaires
de l ‘abbaye de Molesme, J. Laurent, 1911, I nr. 263
[iii] Cartulaire
général de l'ordre du Temple : 1119-1150, recueil des chartes et des bulles
relatives à l'ordre du Temple / formé par le marquis d'Albon, Num. BNF de l'éd.
de Paris : Champion, 1913-1922
[iv] Le milita
Christi ou la militia evangelica ne peut être que l’Ordre du Temple. Les
Hospitaliers n’étaient pas encore une milice à cette époque et nul autre ordre
militaire n’existait.
[v] Régine
Pernoud, Les Templiers chevaliers du Christ. Evreux: Imprimerie Kapp Lahure
Jombart - Découvertes Gallimard
HISTOIRE, 1995, 128 p.
[vi] C.N.
Johns, Pilgrims’ Castle (‘Atlit), David’s Tower (Jerusalem) and Qal’at ar-Rabad
(‘Ajlun). Ed. Denys Pringle,
Ashgate: Variorum, 1997, 398 p.
[vii] Les écuries
de Salomon sont connues sous le nom « Mosquée Marwani » par les Musulmans.
[viii] Michel le
Syrien était Patriarche d’Antioche (1166-99)
Notes sur les dessins en 3D
Les dessins en 3D
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